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« LE MONDE » , ZINZIN DE ZINSOU ?

A une semaine du scrutin présidentiel béninois, le journal « Le Monde » publie un article moralisateur : « chers opposants, n’avez vous pas honte de reprocher à Zinsou sa couleur de peau ».

Selon le quotidien français « de référence », « Une partie de la classe politique béninoise brille par des réflexes de racisme pathologique ». Qu’en pensent les intéressés ?

Un faux débat qui en cache un vrai

LE CAMP KOUPAKI. «  Il y a un grand lobby derrière Lionel Zinsou. Ses soutiens surfent sur la victimisation raciale pour capter l’électorat de la Diaspora qui a des enfants métis» affirme Yves Dakoudi, responsable de la cellule de communication digitale du candidat Pascal Irénée Koupaki. Au dernier scrutin présidentiel de 2011, moins de 15 000 Béninois installés à l’étranger avaient pu voter. Cinq ans plus tard, environ 300 000 béninois de l’étranger sont appelés aux urnes, ce qui représente potentiellement une augmentation de 95 % du nombre de votants. C’est dire l’enjeu électoral qui se cache derrière le vote des béninois de l’étranger. « Dans les états majors des partis d’opposition, chacun veille à ne pas entrer dans ce débat anti-métis. Ce qui nous dérange ce n’est pas la couleur de peau de Lionel Zinsou mais le caractère héliporté de sa candidature » souligne le conseiller en communication digital du Rassemblement Nouvelle Conscience.

LE CAMP TCHANE. Dans le camp du candidat Abdoulaye Bio Tchané, on ne parle pas non plus de la couleur de peau du Premier ministre. « Tous les Béninois ont des parents métis, notamment dans la diaspora » précise Franck Kpassassi, porte-parole des jeunes de l’Alliance pour un Bénin triomphant. La candidature de Lionel Zinsou soulève d’autres questions. Au cœur des inquiétudes : la crainte de voir la France, ancienne puissance coloniale, perpétuer son hégémonie économique au Bénin. « Imaginez un peu. Quelqu’un qui ne connaît pas les réalités françaises, rentre en France huit mois avant le scrutin présidentiel… Pensez vous qu’il pourrait devenir président de la République ? » s’interroge Franck Kpassassi.

LE CAMP ZINSOU. Interrogé sur les prétendues prises de positions racistes des partis d’opposition, le community manager de la primature, Hugues Sossoukpè, admet que ce racisme anti-métis ne se manifeste pas tant chez les opposants politiques que dans la rue. « Sur le terrain, on parle abondamment de la couleur de peau de Lionel Zinsou. Ce matin, j’ai encore été confronté a cette réalité dans les grands carrefours (…) mais c’est vrai que dans les grands débats a la radio on en parle moins qu’il y a deux mois ».

Zinsou, métis mais pas martyr

Les opposants politiques au Bénin sont-ils racistes? Dans l’imaginaire collectif béninois, le métis est associé, « au bonheur, à la réussite et à la richesse » explique Roger Gbegnonvi, professeur de lettres à l’université d’Abomey-Calavi et président de l’ONG Transparency International au Bénin. « j’ai deux enfants métis qui aujourd’hui vivent en Europe. Quand ils passaient dans la rue, ils se faisaient charier, on les appelait Yovo ou  le Blanc. » Le Professeur de lettres, ancien ministre sous Boni Yayi , s’est marié en 1990 avec une Allemande. De cette union sont nés deux enfants métis, qui ont quitté le Bénin à leur majorité, pour faire leurs études supérieures à Bielefeld, dans le Nord-Est de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. « Avec le temps, mes enfants ont fini par comprendre que c’était en réalité une louange qu’on leur adressait. Nous ne sommes pas racistes. Vous savez l’un des maires les plus connus et respectés de Ouidah s’appelle Emille Poisson. il était très apprécié ». Emile Poisson, fils d’un père français et d’une mère béninoise, figure aujourd’hui parmi les six grandes personnalités représentées au fort français dans le jardin du mémorial de Ouidah.

Lionel Zinsou ignore-t-il ces réalités culturelles et sociales ? Né en France d’un père béninois et d’une mère franco-suisse, Lionel Zinsou, lui, n’a pas grandi au Bénin. . « Cela ne fait qu’une quinzaine d’années que je viens régulièrement à Cotonou », déclarait le candidat à la présidentielle, début juin 2015. Neveu de l’ancien Président du Dahomey Emile Derlin Zinsou (1968-1969), Lionel Zinsou ne parle pas les langues du peuple béninois. Il ne pratique aucune des nombreuses langues vernaculaires du Bénin, même pas la plus commune, celle de ses origines, le Fon. Cette absence d’ancrage n’a pas vraiment porté préjudice à celui qui considère que « la réalité du métissage, c’est qu’on lutte toute sa vie contre les forces d’exclusion ». Victime, Lionel Zinsou ? En moins de neuf mois, le normalien est devenu Premier ministre du Président Boni Yayi puis candidat unique des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), parti au pouvoir. Loin d’être victime d’exclusion, le premier ministre candidat a même rallié à sa cause, deux partis d’opposition : Le Parti du renouveau démocratique (PRD) du président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji, et la Renaissance du Bénin (RB) de l’ancien Président Nicéphore Soglo.

Au fait, Monsieur le Premier ministre, comment dit-on Métis en Fon ?

FLORE ONISSAH

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